Tristesse, tristesse...

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Tristesse, tristesse...

Message  alexandra le Lun 2 Avr 2012 - 17:44

Parle moins fort ou je te mime : les Pierrots de la nuit à l'assaut des fêtards

Un canular ? Un pari ? Une apparition ? Paul vient de quitter la chaleur suffocante aux effluves de houblon d'un bar du quartier d'Oberkampf, samedi soir à Paris, quand il découvre ces deux femmes toutes antennes dehors, affublées de lourdes chaussures de cosmonautes et d'une combinaison blanche. Il n'a pas eu le temps de se demander si la bouteille de Vodka partagée avec ses amis et les six Ricard avalés dans le bar se jouaient de sa vision : il a crié.

Ces extraterrestres aux sourires étirés et aux attitudes mimiques circulent pourtant pour intimer le silence. Les "Pierrots de la nuit" sont déployés depuis vendredi 30 mars au soir dans différents quartiers de Paris - des mimes, des comédiens, des chanteurs, des slammeurs et des danseurs qui déambulent dans les rues de la capitale de 23 h à 3 h du matin chaque week-end pour sensibiliser aux nuisances sonores. En essai depuis le mois d'octobre dans certains quartiers, ce dispositif, inédit en France, s'inspire de l'exemple barcelonais, où des "mimes chutteurs" "parviennent à calmer des foules", assure la Mairie de Paris.

"L'interdiction de la cigarette dans les bars et restaurants et le réaménagement des places font qu'il y a de plus en plus de gens dehors et, l'alcool aidant, le ton a tendance à monter", explique Mao Peninou, adjoint au maire de Paris en charge des services publics. Devant la multiplication des conflits de voisinage et les menaces de fermeture des lieux de nuits, des Etats généraux ont été organisés en novembre 2010 par la Mairie de Paris. Les agents de silence sont la principale mesure dont a accouché cette rencontre, avec une enveloppe de 200 000 euros (sur les 300 000 euros alloués après les Etats généraux), dont 145 000 financés par la mairie.

Quand "le discours d'ordre et de raison ne passe pas ", la mairie compte sur l'efficacité du dispositif pour convaincre les professionnels de la nuit encore sceptiques, et les faire progressivement participer à hauteur de 50 % du budget. L'équipe de Pierrots et de médiateurs, composée de 37 personnes, est également appelée à grossir : ils devraient être 60 d'ici à l'été.

"ON NE VA PAS FAIRE TAIRE LES GENS"

Devant le bar L'orange mécanique, Paul revient de sa stupeur et articule, entre deux bouffées de fumée : "Super bizarre !" A quelques pas, les deux extraterrestres chantent Sound of silence à d'autres fumeurs étonnés. "J'aime Oberkampf parce que c'est moins cher qu'ailleurs et pour son nombre de bars au mètre carré", raconte, enthousiaste le fêtard de 25 ans. Ce quartier populaire, très fréquenté le week-end fait partie des zones de tension de la capitale où les plaintes de voisinage se multiplient.

"C'est connu dans toute l'Europe que la vie parisienne est morte, parce qu'il y a trop de plaintes, donc ce genre d'initiative, c'est plutôt bien, c'est mieux que de fermer un bar", concède finalement le jeune homme. Interpellée par le collectif Quand la nuit meurt en silence, la Mairie de Paris devait s'atteler au renouveau de la vie nocturne à Paris lors des Etats généraux de la nuit.

Répondant aux quelques "Vous voulez nous faire taire ?", ou à l'accusation de "faux pacifisme" d'un noctambule qui s'admet "éméché", le médiateur qui accompagne systématiquement les binômes d'artistes tente d'insister sur le message culturel et la nécessité du vivre-ensemble, flyer et slogan "Rester éveillé sans réveiller les autres" à la main.

Planté devant un bar fiévreux, William, vigile depuis six ans, observe amusé la réaction de deux adolescentes, qui face aux Pierrots de la nuit ont laissé échapper un cri teinté d'hystérie. Elles finissent par s'apaiser. "Je passe mes soirées à dire 'Baissez le ton', raconte le videur, qui salue l'initative, plus efficace selon lui que la police, "qui amène davantage de bruit et provoque des attroupements". "On ne va pas faire taire les gens, c'est de la sensibilisation", nuance de son côté Ionna Thomas, chargée de chapeauter la formation des artistes et pour qui l'action des Pierrots "ne se substitue pas à la police".

"IL SE PASSE UN TRUC BIZARRE"

A 2 heures, les bars déchargent des grappes de noceurs enivrés, le tintement des bouteilles roulant sur le trottoir côtoie les voix qui deviennent plus fortes et pâteuses, et les odeurs illicites. Un autre binôme d'artistes, des danseuses ailées, rejoignent les mimes extraterrestres pour leur prêter main forte. Elles avancent, le pas feutré. Un jeune homme enhardi entonne en anglais sur un air non identifié "Oh an angel walking to me". Sa cigarette toujours éteinte, il se tait soudainement, le regard médusé, quand les deux anges se penchent à chaque oreille et lui susurrent "Listen to the silence". "Il se passe un truc bizarre", glisse-t-il inquiet et soudain à demi-voix à son amie. Les anges repartent et le laissent immobile, interloqué et silencieux. Sur le passage, ce sont les mêmes rires et cris étonnés suivis d'un étrange jeu de miroir avec les mimes, qui dessinent des figures dans le ciel, calmant soudainement les ardeurs alcoolisées.

"On vient de me susurer à l'oreille, ça m'a apaisé", raconte à voix basse et l'air étonné Romain, 37 ans, à son ami qui vient d'apercevoir les anges passer. "C'est bien la médiation artistique, mais je me pose la question de l'impact sur le long terme", lui répond, plus terre-à-terre son compagnon, le regard sur la rue où les voitures vrombissent. Toujours étonné, Romain tente plus sûrement de convaincre son ami, qui lui rétorque, amusé, "Et pourquoi tu parles aussi fort maintenant ?"

http://www.lemonde.fr/societe/article/2012/04/02/les-pierrots-de-la-nuit-a-l-assaut-des-fetards-parisiens_1678900_3224.html

alexandra

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